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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 22:13

Elle est assise face à moi, fébrile, se tortillant dans ce fauteuil où elle aurait pu, l’espace d’un instant, se laisser aller à un moment de confort.



Non, elle s’agite, on dirait qu’elle est poursuivie, regarde  à droite et à gauche, comme si quelqu’un allait entrer dans cette pièce silencieuse et calme, se précipiter sur elle.
Sur ses gardes, elle est sur ses gardes… Poignant !



Elle est de noir vêtue, élégance sobre et discrète, un foulard autour du cou rehausse son teint clair et ses cheveux  blond vénitien. Un visage oblong, mince,  buriné par une longue souffrance.



C’est un flot de paroles teintées de violences, de drames, de violences qui se sont accumulées depuis l’enfance, traversées comme un tunnel sans fin, où l’on se perd dans l’obscurité, se blesse contre les parois rugueuses, et trébuche sur un chemin parsemé de pièges invisibles.



Une mère déprimée, incapable de faire face à sa dépression, qu’elle refusait d’admettre et de soigner - je ne suis pas folle, je n’ai pas besoin de voir un psychiatre ! - qui finira pas se pendre le jour d’anniversaire des 10 ans sa fille.



Un père débordé, qui rentrait à la maison après avoir bu « quelques verres avec  ses copains »… pour se détendre. 

Quelques verres, certes, qui le désinhibaient assez pour  rejoindre sa fille dans sa chambre, et lui souhaiter une bonne nuit en lui faisant tous les soirs un cunnilingus, jusqu’à l’âge de 15 ans.
Age où, n’en pouvant plus, elle lui demande d’arrêter, sous peine de le dire à toute la famille. Et l’autre d’arrêter, instantanément. Sans poser de question ni faire de commentaires.



Bien sûr une scolarité chaotique, des crises d’angoisse, des troubles du comportement avec alternance de boulimie et de vomissements, quelques expériences de pétards, quelques snifs de coke, et des soirées d’alcoolisation massive, où quelques bons copains, gentils et bienveillants, s’occupent d’elle pour lui faire découvrir une sexualité à laquelle elle n'arrive pas à se soustraire : lorsque je lui signale qu’il s’agit de viol, elle est surprise !



 

Désagrégée, elle est complètement incapable d’analyser les différents stades par lesquels elle est passée. Sa souffrance l’écrase au point qu’elle est encore au stade de survivante et cherche désespérément à maintenir la tête hors de l’eau.



Et son compagnon vient de la lui plonger à deux mètres de profondeur !



Homme violent, au verbe haut, irascible, ne supportant aucune contradiction, qu’elle a rencontré après son divorce d'un mariage de dix ans où est née une fille, âgée de 14 ans.



« Il n’était pas comme cela au début, me dit-elle. Il avait du caractère, homme brillant, qui avait des idées bien claires et précises sur toutes les choses de la vie : rassurant pour moi après ce que j’avais traversé depuis mon enfance.



Mais très vite il a pris le contrôle de moi, je n’ai eu le droit que de faire que ce qu’il voulait. Et encore ! J’ai tout fait pour lui faire plaisir. Jamais content, jamais assez bien.  Il invite ses copains et me prévient après, et je dois me débrouiller pour nourrir tout ce monde. Et puis il disparaît à la chasse le week-end, me laisse seule avec ma fille. Je me demande à quoi je sers. Une potiche qui tient la maison et organise ses plaisirs. »



Situation classique de la dépendance et de la peur de l’abandon !



En fait elle vient me voir, parce qu’elle est terrorisée.

La semaine dernière, on lui a découvert un double cancer du sein, à un stade évolué (cela ne m’étonne jamais, j’ai toujours observé une plus grande fréquence de cancers du sein chez les femmes « vampirisées »).



Lorsqu’elle a annoncé ce drame à son compagnon, il a eu un comportement ahurissant, complètement aberrant, d’une violence insupportable.



Il a quitté le salon pour se rendre dans la cuisine et sortir un grand couteau, qu’il posé sur elle,  le tranchant  sur les seins en lui disant, avec rictus sardonique  « bienvenue au Club des Mamectomisées ! »



Effroi indicible : pétrifiée, terrorisée, elle a peur, en permanence, d’un coup de folie de cet homme.



Une fois apaisée, je peux alors commencer à recadrer les différentes situations qu’elle a traversées, pour qu’elle comprenne qu’elle a un parcours de victime depuis son enfance, parcours qui l’a exposée aux prédateurs, dont le dernier vient de lui apporter le témoignage éclatant de sa perversité.




Vite, vous devez vous sauver, et sauver votre fille.  Vous allez avoir de la chimiothérapie, de la chirurgie, de la radiothérapie certainement. Il faut que vous restiez centrée sur vos soins et votre guérison, sans jamais être soumise à quelque violence que ce soit, qui détruirait à nouveau vos systèmes de défense immunitaires. Ces cancers en sont la preuve.



 

Lorsque je la revois la semaine suivante, elle est transformée, paisible, apaisée. Je note que son joli foulard  est maintenant noué autour de ses cheveux, (la chimiothérapie, bien évidemment !).



« Je n’avais jamais imaginé que je pouvais me sentir bien, me sentir libre et libérée. Après vous avoir rencontré, je suis rentrée chez moi, j'ai regroupé toutes les affaires de mon « ami » et je les ai mises dans  l’entrée. Quand il est revenu après sa chasse, je l’ai mis dehors, avec ses affaires »



« Chacun sa chasse ! Vous faites la chasse aux Vampires, en tous cas, j’ai bien compris que sa chasse aux pigeons est terminée avec vous, n’est-ce pas ?

Bravo, vous m’épatez, Madame ! »



Sourires entendus et coup d'oeil complice.



Je n’ai revu que peu de fois cette patiente épatante, qui a su, seule, faire face de façon rapide et efficace, à cette situation toxique mortifère et à sa maladie.



J’ai toujours su qu’elle avait des tonnes de ressources en elle, et qu’elle s’en sortirait !
Vous souvenez-vous des jeux de foulard de notre enfance ? Il y a des jours où l'on s'en passerait bien, de ces foulards, non ?

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Published by Dr Victor SIMON
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